Propreté, lutte contre les incivilité, marges de progression et inutilité de la privatisation.

La propreté de notre ville est un sujet récurrent de discussions et de débats. Ce fut une occasion de partie de ping pong régulière entre Alain Juppé, maire de Bordeaux et moi-même alors président de la CUB. Nous pensions alors, l’un et l’autre qu’une des difficultés principales provenait du fait que la propreté relevait de la ville et la collecte de la métropole. Bref, que les agents de la CUB ne ramassaient par ce qui était hors des containers. Ou que les agents de la municipalité ne nettoyaient pas assez. La question des bacs enterrés nous a aussi bien occupé. Quelques années plus tard, mutualisation oblige, les services de la propreté et de la collecte font partie de la même entité, à la savoir Bordeaux Métropole. Les bacs enterrés ont bel et bien enterrés. Mais les problèmes de propreté sont toujours là. Bel et bien là même si l’on en croit les propos du maire « Bordeaux est un cloaque ».  Les améliorations se font cruellement attendre.

Le dossier a connu une accélération ces derniers jour. En réunion de vice-présidents de Bordeaux Métropole, un rapport important est passé. Il comporte plusieurs volets : des embauches supplémentaires ce qui semble logique compte tenu de la croissance de la population et du tourisme (mais qu’il faudra financer), une répression accrue (enfin ai-je envie de dire) et surtout une privatisation de la collecte dans l’hyper centre, c’est-à-dire de la zone entre les quais et la place Pey Berland, et Chapeau Rouge/Intendance et Victor Hugo. Ce dernier point me pose problème. Et je suis intervenu longuement à ce sujet en Conseil municipal autour de 4 points.


1) Un manque de concertation évident.

En septembre 2016, Bordeaux Métropole instituait un conseil de la propreté pour discuter, présenter les études. Une année plus tard, tout cela a disparu. Non seulement pas de tenue du conseil de la propreté, mais surtout aucune concertation avec les agents de la collecte et de la propreté. Pourtant, ils ont des choses à dire et à proposer. Des expériences de terrain à faire valoir. Et même des propositions qui commencent d’ailleurs à circuler.

2) Des marges de progression qui ne sont pas exploitées faute de courage politique.

Le fini/parti est une pratique très particulière dans le monde de la collecte. Cela signifie concrètement que ce qui compte, c’est la réalisation de la collecte et pas le temps que cela a pris. Conséquences. Les agents ont tendance à aller le plus vite possible, pour finir rapidement et faire autre chose. Les effets pervers sont terribles. Cela entraîne de nombreuses maladies professionnelles car tout est fait vite, sans respecter les bons gestes. En 2011,2012 des premiers travaux avaient été faits pour mettre fin à cette pratique et se conformer avec les nouveaux règlements. Tout ceci a été laissé en jachère alors que c’est à la fois une obligation, un devoir et une possibilité de marges de manœuvre. Elles sont fortes. Lorsqu’on regarde les statistiques distribuées par la métropole, dans certains cas le temps de travail est inférieur à 4 heures par nuit. Le sujet est délicat mais il doit être traité.
3) Une privatisation de la collecte qui n’a pas fait ses preuves.

Paris constitue un exemple parfait. Il y a vingt arrondissements dans la capitale. Dans 10 la collecte est effectuée en régie. Dans 10 par des prestataires privés. Or que constate-t’on, plan propreté après plan propreté ? Les difficultés sont les mêmes . Incivilité, croissance des besoins… Faisons plutôt confiance à nos agents, autour d’objectifs et de règles clairs.
 
4) La répression doit fortement croître.

Je cite de nouveau Paris qui a connu aussi de grandes difficultés. Une des solutions qui semble fonctionner est la répression bien plus forte des différentes incivilités : dépôt d’ordures sauvages, jet de mégots de cigarettes… Une brigade de plus de 1600 agents a été constitué. Et les verbalisations ont fait un bond en avant. La maire a présenté ses résultats la semaine dernière : https://www.francebleu.fr/infos/societe/les-amendes-pour-incivilite-ont-augmente-de-113-a-paris-1506971965
Il est grand temps d’aller dans cette voix et d’en finir avec tolérance et passe droits.
 
Ces sujets sont importants pour les bordelaises, bordelais et agents de la métropole. J’ai commencé à rencontrer les syndicats et interviendrai fortement sur ces problèmes dans les semaines à venir.
 
 
 
 

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Les conséquences du Budget 2018 de l’Etat sur Bordeaux et sa métropole et les questions que cela nous pose.

Le 27 septembre, le nouveau Gouvernement a présenté le 1er budget de sa mandature et esquissé des tendances pour les années à venir. L’impact pour les collectivités locales n’est pas neutre. La preuve étant, en fin de semaine dernière la décision des Régions de France de claquer la porte de la Conférence des territoires, pourtant juste mise en place au mois de juillet. Dans la foulée, Philippe Richert, président de la région Grand Est et de l’Association des Régions de France démissionnait de tous ses mandats. Pas moins. Présidents de départements, maires et plus particulièrement ceux des zones les plus fragiles ont également tiré le signal d’alarme. 

Vendredi dernier, lors du dernier conseil métropolitain, j’ai développé ma vision de la question financière pour notre ville et notre métropole.

 

Elle s’appuie sur un triple constat et débouche sur quatre orientations.

 

D’abord, le constat.

 

1) La raréfaction des crédits publics pour les collectivités locales est durable et va probablement croître en terme de brutalité. A cet égard, l’été dernier a été particulièrement meurtrier : diminution drastique des emplois aidés, confirmation de la baisse des dotations, amputation des crédits pour pour le logement social, coupe dans la politique de la ville, limitation des nouveaux investissements en matière de transports… La liste ne s’arrête pas là. Le nombre de synonymes est insuffisant. Mais toutes ces mesures vont toucher de plein fouet Bordeaux, sa métropole, nombre de ses acteurs et de ses habitants…

 

2) Il n’y a plus de frontière entre les compétences des 28 communes et celles de la métropole. Cette prétendue muraille de Chine n’existe plus. Depuis toujours, les communes avaient la possibilité de transférer les compétences qu’elles souhaitaient à la CUB et maintenant la métropole. Cela fut fait il y a des années à Strasbourg, Nantes… Surtout la loi sur les métropoles (la loi MAPTAM de janvier 2014) pousse à une mutualisation et à une intégration de plus en plus forte… Il faut donc raisonner globalement et avec une seule boussole : les besoins des habitantes et habitants de la métropole.

 

3) Justement, les besoins de la population ont fortement évolué. En vingt ans, Bordeaux et sa métropole ont fait un bond en avant en terme d’équipements. Nous étions en retard sur tout ou presque : le tramway, la LGV, les franchissements, la grande salle de spectacle, les musées, l’Université… Nous avons rattrapé tous nos retards et sommes maintenant souvent en avance . A la fin de la troisième phase du tramway, nous aurons le 1er réseau de France avec près de 80 kilomètres de tramway. Il a fallu Napoléon pour que le 1er Pont soit construit sur la Garonne. Puis 150 ans pour en construire un nouveau. En moins de 10 ans, le pont Chaban et le pont Simone Veil (ex JJ Bosq) auront surgi. L’Université de Bordeaux fait partie des universités françaises les mieux notées dans le classement de Shangaï. La Cité du Vin est là avec le succès que l’on connaît. La MECA sera bientôt livrée. L’ARENA connaîtra son 1er concert au mois de janvier. Durant vingt ans, nous avons misé, à raison sur le grand.

 

Et maintenant ?

 

Les oreintations sont au nombre de quatre :

 

1) Il faut un New Deal financier entre la métropole et les communes. En terme de crédits supplémentaires pour les communes et leurs habitants, n’y a plus rien à attendre de l’Etat et par ricochet de la Région et du Département. En revanche, cela nécessite de revoir l’articulation entre la métropole et les communes. Il ne peut y avoir d’un côté de grands équipements, par fois à la limite du somptuaire, et de l’autre des associations agonisantes. Cela ne peut pas être des aménagements à la marge. Il s’agit bien d’une refondation.

 

2) Il faut donc faire un état des lieux des besoins de communes, des populations… L’actualité récente montre que les dossiers sont nombreux et plus qu’urgents : saturation des groupes scolaires, déficit de piscines, flambée des prix des loyers, problèmes de propreté et saturation des bus et des tramways…

 

3) Au-delà des besoins du quotidien, il faut revoir ce pacte autour des besoins du futur et de la solidarité. Une des missions de la métropole est de voir loin, donc de miser sur le futur. Cela signifie de donner toute sa place au défi écologique, et ce de manière structurelle, à l’enseignement supérieur et à la recherche, à l’emploi… De même la métropole doit aller beaucoup plus loin dans ses fonctions redistributives, comme on dit….

 

4) Conséquences de tout cela, il va nous falloir faire des choix. Les recettes des succès d’hier ne sont pas forcément celles de demain. Le monde, les populations, les enjeux ont trop changé. Ce qui a pu être une priorité ne l’est plus forcément maintenant. Et comme je le dis souvent, continuer à mettre plus de 50% du budget de la métropole dans les transports est une douce folie. Il y a d’autres enjeux, d’autres manières de faire.

 

Les années qui viennent sont celles des nouveaux défis. Les contraintes sont immenses. Elles peuvent aussi constituer de nouvelles opportunités. C’est mon approche. Nous devons nous y atteler de manière urgente. Et je suis bien sûr preneur de vos avis, expériences, réflexions… A très vite.

 

Mobilité: des rêves, des réalités et des illusions… Ou 10 idées simples et indispensables.

Juste avant l’été, j’avais lancé un petit pavé dans la mare en évoquant à plusieurs reprises en Conseil métropolitain mes réticences de plus en plus vives sur la poursuite des extensions de Tramway dans notre Métropole. A la fin de la 3e phase, c’est-à-dire, en 2020, Bordeaux aura déjà le premier réseau de France avec près de 80 kilomètres de ligne. 

En cette rentrée de septembre, ces questions de mobilité sont sur le devant de la scène : lancement des assises de la mobilité par le Gouvernement, expérimentation plutôt réussie sur le Pont de pierre et lancement des travaux du pont Simone Veil que j’avais initié, retour inévitable des embouteillages sur la rocade, déclarations d’Alain Juppé.

Je me permets ici de préciser ma pensée autour de quelques idées simples.

 D’abord, ne soyons pas une nouvelle fois en retard d’une guerre et n’ignorons pas les révolutions en cours.

 1) Le co-voiturage de proximité. Aujourd’hui, le véritable concurrent de la SNCF ne s’appelle pas DeutscheBahn mais Bla Bla Car… Demain il en sera de même pour le covoiturage de proximité. Pas un mois sans qu’une nouvelle application se développe dans une métropole, en France ou ailleurs dans le monde. Dans moins de 5 ans, cela peut permettre la multiplication du nombre de voyageurs par voiture. Sur notre rocade, il y a 6 personnes transportées pour 5 voitures. Cela signifie très concrètement que sur 5 voiture, quatre ne véhiculent que le conducteur et une, un autre passager. Si on passait de 6 à 7 personnes, le trafic diminuerait de 15%. L’enjeu n’est pas mince.

 2) La voiture autonome, c’est pour demain. Toutes les expériences sont concluantes. Les technologies sont prêtes. Il faut maintenant que les réglementations s’adaptent, notamment du côté des assurances. Avec, en plus, les voitures électriques, la révolution sera énorme, y compris pour le problème récurrent du stationnement en centre ville.

 3) Le développement du sur mesure. Utilisation des Big Data (pouvant permettre une tarification sociale bien plus fine entre autre) , programme immobilier incluant des véhicules mutualisées… Tout ceci va également changer la donne. Plus ou moins rapidement. Mais, je crois plutôt à la seconde option.

 Ensuite, ne mésestimons pas la question des financements.

 4) Nous sommes dans une phase de raréfaction de l’argent public et cela va durer. Il va donc falloir faire en permanence des choix. C’est pour cela qu’à l’échelle de Bordeaux, je plaide pour un New Deal métropolitain. Que doit financer la métropole ? Quelles sont les priorités des années à venir ? Ne faut-il pas privilégier la proximité maintenant que nous sommes bien dotés en grands équipements (tramway, franchissement, musées, grande salle de spectacle, grand stade…) ? Ne doit on pas concentrer nos efforts sur les écoles, les piscines, les aides aux associations tout en maintenant bien sûr un fort niveau d’investissement ?

 5) Par ailleurs, il faut une remise à plat du financements des infrastructures. Cela passe d’abord par la réouverture du dossier d’une éco-taxe au niveau régional.

Enfin, avançons sur ce qui a trop longtemps été négligé.

 6) Il faut faire un bond en avant dans l’intégration des questions de transport sur la métropole. Il est grand temps de dépasser « Mouvable » et d’aller vers un véritable syndicat mixte. Cela permettrait d’avoir une utilisation démultipliée du train sur la métropole. Bordeaux a 15 gares et une voie ferrée de ceinture. C’est exceptionnel. Un RER d’agglomération est possible. C’est une nécessité car malgré toutes ses vertus, le réseau tbm reste lent et il faudra toujours 1h pour aller du centre à la rocade. Seul l’usage combiné avec le réseau ferré et les TER peut permettre de réduire ce temps de parcours. Un tronc central de TER permettrait de faire Pessac- Cenon en 10 minutes, et offrir une correspondance avec les lignes A,B, et C du tram. Bien sur le billet unique s’impose, et il est urgent que l’expérimentation du billet unique sur la ligne de ceinture, promise pour 2014 devienne réalité.

 7) Cette nouvelle complémentarité permettra d’aborder enfin la question des liaisons de périphérie à périphérie. Depuis des années, notre approche part du centre de Bordeaux. C’était indispensable. Il faut maintenant travailler sur les liaisons directes évitant ce centre de plus en plus embouteillé : presqu’île/campus, Médoc/Campus… L’aménagement des Boulevards sera un symbole et un levier.

 8) Après le transport de voyageurs vers leur domicile, il faut maintenant concentrer nos efforts sur les questions de frêt et d’accès aux zones d’emplois.

 9) Il faut regarder les questions de mobilité sur un bassin plus large que celui de la métropole. Dans ce domaine, comme dans bien d’autres, le périmètre du SYSDAU est le bon périmètre.

 10) Enfin, il faut regarder la question des temporalités. Le trafic fluctue selon les moments. Décaler les horaires des cours à la Fac de quelques minutes peut avoir un véritable impact. Les résultats des bureaux des temps dans d’autres métropoles sont plus que probants.

 Les assises de la mobilité, l’expérience de plusieurs années de tramway, la nécessaire remise à plat de nos budgets locaux offrent de belles opportunités pour traiter tous ces sujets. Il en existe bien d’autres. Mais l’enjeu est bien de faire une Métropole bienveillante pour ses habitants, plus facile à vivre, plus attentive à leurs besoins du quotidien.

Le jour d’après.

Il régnait une atmosphère un peu particulière au Conseil municipal d’hier à Bordeaux.

C’est toujours un peu le cas, les lendemains d’élections. Mais le rituel est en général établi. Les vaincus ont le droit à un moment de consolation. Les vainqueurs aux félicitations.

Là, c’était différent. Aucun vainqueur ou presque. PS, Écolos, Républicains, Front National ont subi une défaite dimanche soir. Plus ou moins cuisante. Plus ou moins injuste. Et j’ai bien sûr une pensée particulière pour Michele Delaunay, dont l’extraordinaire travail n’a pas été récompensée. Mais pour d’autres élus aussi. Pas forcément de mon bord. Etre Elu, c’est d’abord donner. Beaucoup. Du temps surtout. Pris aux siens. À soi. Souvent des sacrifices même si il y a aussi des gratifications. D’abord celle de penser être utile au bien public.
Certes, il y avait parmi nous Marik Fetouh qui peut devenir député dimanche prochain. Mais, il n’est pas tout à fait un Marcheur. C’est d’abord un Modem qui a bénéficié de l’accord électoral avec E. Macron.

Bref, nous  étions bel et bien soixante et un du « Monde d’avant ».

Mais aussi du quotidien des bordelais.

Ce monde justement du lundi, mardi… dimanche, de l’ancrage dans les territoires ne sera presque plus représenté à l’Assemblée nationale. La conjonction du non cumul des mandats et de l’extraordinaire renouvellement provoque cette situation inédite. Il y aura désormais trois France politiques: celle de Paris, très renouvelée, celle des territoires avec ses forces, ses faiblesses mais surtout ses réalités et celle de l’abstention qui ne cesse de croître.

Emmanuel Macron a eu la fulgurante intuition que la crise de notre pays était d’abord une crise du ou des politiques. Pour y répondre, au delà du renouvellement, il faut aussi articuler ces trois dimensions. Mais  pas seulement: les contre pouvoirs, les médias, les associations, la manière de faire…

Apres la parité dans les départements, le non cumul des mandats, la transparence de la vie publique, il faut encore aller plus loin dans l’oxygénation démocratique. Il faudra aussi et surtout tenir tous les bouts de la chaîne. Ne laisser aucune fraction de notre Pays sur le bord du chemin. Agréger. Allier. Ne pas séparer. Éloigner.

En tout cas pour moi, plus qu’un seul horizon: Bordeaux…

Et comme on ne se refait pas, aussi le débat d’idées.

Et dans les deux cas, avec une grande liberté. Surtout envers les appareils.

Emotions partagées, sentiments mêlés, visages retrouvés mais surtout fierté et espoir.

Je n’avais pas prévu d’y aller. Vraiment pas. Ni coquetterie. Ni dépit. Non, juste deux rapports à boucler pour la Cour des comptes. Comme lorsque je faisais de la recherche en Histoire, Une quinzaine d’heures de rédaction possible entre samedi après midi et dimanche. Je m’étais juste accordé par avance une pause de une heure pour suivre à la télé la passation de pouvoir à l’Elysée.

Et vendredi, les deux messages sont arrivés presque coup sur coup. Un  mail du directeur de cabinet de François Hollande : les collaborateurs, passés et présents, sont invités à accueillir le nouveau président et à saluer le sortant. Puis surtout un sms. D’un ami. Très proche de Hollande, de Macron, de moi. Il est de ceux qui ont franchi le pas il y a quelques mois déjà. Après, une période de gêne et de distance vers l’été, nous nous sommes revus. Là, les communications sont redevenues fluides. « Vincent, cela me ferait plaisir qu’on soit ensemble à ce moment particulier ». Moi aussi. J’y suis donc allé.

Sortie du métro à Concorde. L’ambiance très particulière de cette place les jours de moments républicains. Le silence. Le vide. Même les oiseaux semblent se retenir de piaffer. Les quelques centaines de mètres vers le théâtre Marigny. A pieds au milieu des gardes républicains qui vont prendre place. Il est là. Nicolas Revel aussi. Nicolas était l’autre secrétaire général adjoint dans la première partie du quinquennat. Il est resté quelques mois de plus que Emmanuel Macron. Nous avons donc plus longtemps travaillé ensemble. Un peu plus d’un trimestre avec Emmanuel. Plus de trois avec Nicolas.

Des anecdotes, des souvenirs communs. Un mot qui revient dans nos bouches à tous les trois : « Bizarre ». Pour eux deux, le Président sortant et le Président entrant, pour nous, qui avions travaillé avec les deux et parfois pour les deux. Nous avançâmes, passâmes les contrôles. Au fur et à mesure, je me retrouvais au milieu des proches, très proches du nouveau président. Nous nous connaissons bien, avons fait des bouts de chemin ensemble, nous nous sommes aussi heurtés mais aujourd’hui nous sommes surtout contents de nous retrouver. Du plaisir mais aussi un  mélange de gêne, de nostalgie, d’espoir. Me voilà donc à l’entrée du 55. Christophe Castaner, devant, Benjamin Grivaud et beaucoup d’autres à côté…

Une des premières choses qu’Emmanuel Macron m’a dite en arrivant à l’Elysée, c’est « Tu verras, nous sommes la 5e puissance au monde, nous sommes au cœur du pouvoir, mais l’Elysée ressemble beaucoup à une sous préfecture. Une sous préfecture du XIXe ». L’avantage dans les sous préfectures, c’est que tout le monde vous connaît. Les huissiers, les gardes républicains. « Ah. Monsieur Feltesse… Passez par ici ». Me voilà donc à remonter la cour d’honneur sur le tapis rouge. Le perron, et puis la salle des fêtes. Il y a deux ans et demi, on y faisait le pot de départ de Emmanuel Macron. François Hollande y fit un de ses discours. Virevoltant. Hilarant. Brillant. Affectueux.  Mais, ce n’est pas ça qui m’a marqué. Non, ce qui m’a marqué, c’est le cadeau que le personnel de l’Elysée a fait à Emmanuel Macron : le frac des huissiers de l’Elysée. Une belle preuve d’affection et de reconnaissance.

Me voici donc dans la salle des fêtes. Dans le carré des invités du nouveau président. D’autres têtes connues avec lesquelles j’échange : Jean Pisani Ferry, Richard Ferrand, Arnaud Leroy… Des sentiments compliqués à analyser et même à verbaliser. Ce n’est pas une succession. Ce n’est pas non plus un adversaire, souvent revanchard, qui arrive. Non, c’est autre chose. Dans mes sentiments comme dans l’histoire politique du pays.

Nicolas, Gaspard et moi, nous mettons à part. Discutons un peu plus longuement. Revenons sur les derniers événements et Gaspard nous précise le déroulé. Il ne sera pas possible d’applaudir le président sortant et d’assister à l’intronisation du nouvel entrant. Nicolas reste à l’intérieur. Gaspard et moi sortons.

Dehors aussi, la foule est nombreuse. Des journalistes dans les deux cas. Mais, c’est le seul point commun. Le personnel de l’Elysée est dans la cour. Les anciens conseillers aussi. Nous sommes ensemble. Le nouveau président est annoncé. La pluie commence. Nous éclatons tous de rire. Les cieux ont parlé. L’héritage est là.

La voiture arrive. François Hollande accueille sur les marches du perron Emmanuel Macron. Il est seul. Son épouse est arrivée quelques minutes avant. C’est le temps de l’entretien. Je me demande où est Jean-Pierre Jouyet. Il est resté à l’étage. Probablement pour finaliser les transmissions de dossiers avec le nouveau secrétaire général.

Le temps passe. Lentement. Des échanges de sms pendant ces minutes. Je m’éclipse un peu et vais dans la cour est. Mon ancienne cour. Elle accueille encore mon vélo que j’y laisse volontairement. Je salue les gendarmes, les chauffeurs. C’est délicat également de définir ce que c’est que de travailler à l’Elysée. Bien sûr une lessiveuse. Des coups de boutoir incessants. Surtout sous ce quinquennat. Mais un personnel incroyablement présent, attentif, compétent… mais aussi chaleureux. Presque une pension de famille.

Une sous préfecture. Une pension de famille. Mais aussi le lieu qui abrite le PC Jupiter.

Le temps passe. Les deux hommes ressortent. Les applaudissements crépitent. Ils se serrent la main. Se la resserrent. Pas d’accolade. Mais par deux fois, brièvement et discrètement, Emmanuel Macron applaudit François Hollande. Ce sont ces quelques secondes que je retiens, qui me marquent.

François Hollande sort. Marqué par ces 5 années. Attaqué de toute part, mais finalement faisant face, empêchant le pays de se déchirer et permettant aussi des progrès.

Emmanuel Macron entre. Il a 39 ans. Il est rayonnant. Il incarne l’espoir. La France rayonne. La France incarne l’espoir. Les chocs vont vite venir. Mais Emmanuel Macron a aussi travaillé avec nous pendant plus de 4 ans. Il s’en est éloigné, par certains aspects, a rompu, veut faire différemment… Mais pendant 4 ans, il a aussi fait face.

François Hollande répétait en 2011 qu’il fallait 10 ans pour faire bouger un pays comme la France. Il ne sera pas au pouvoir pendant 10 ans. Mais par certains aspects, il y aura une certaine continuité. Les erreurs pourront être corrigées. Les impasses surmontées.  Les bonnes réformes poursuivies.  Et bien sûr et heureusement de la nouveauté.

C’est une discussion que j’ai eu régulièrement, très régulièrement avec François Hollande. Ce qu’on laisse, qu’on lègue, celui (ou « ce qui suit ») qui succède même si ce n’est pas volontaire est très important.

Et voici ce qui est laissé par François Hollande, un pays qui va mieux, un pays qui a fait plus que résister à des attaques d’une violence et d’une intensité inconnue depuis la guerre d’Algérie, voire la seconde guerre mondiale, et un président de 39 ans, optimiste et aimant.

Il y a aussi les fractures et l’état des partis politiques, et singulièrement du parti socialiste. Mais ce qui compte – pour moi en tout cas – c’est bien plus le pays que le parti. Pendant 3 ans, je l’ai servi en étant un des plus proches collaborateurs du président de la République. Cette page se tourne.  Elle m’aura profondément changé. Pendant 13 ans, j’ai eu des responsabilités dans la métropole bordelaise. Comme maire de Blanquefort. Puis comme président de la Communauté Urbaine de Bordeaux. C’est à ce territoire que toute mon énergie politique sera désormais consacrée. Fort de cette expérience. Et des autres. Et conscient des changements en cours.

investiture

Une victoire qui me fait très plaisir

victoire macron 1

Ce n’était pas mon scénario. Ce n’est pas ma ligne politique par bien des aspects.

Ce n’est donc pas ma victoire.

Mais pourtant, cette victoire me fait très plaisir.

Par ce quelle montre de notre pays, de son ouverture, de son optimisme, de sa croyance dans l’Europe, de sa capacité à se renouveler, à se changer, de son rayonnement dans le monde…

Bien sûr, il n’y pas que ça. Loin, bien loin de ça…

Mais, c’est bien le sourire que j’ai aux lèvres.

Ce soir, je n’ai pas de regret, pas de nostalgie – même si je me remémore bien sûr chaque minute du 6 mai 2012 -, non, j’ai juste envie d’y croire.

Une page se tourne.
Une nouvelle commence.

Ce ne sera plus mon histoire. La politique pour moi ne sera plus que locale. Mais pas les débats d’idées, ni les engagements citoyens.

Et, surtout, j’ai envie d’y croire.

Bon vent à Emmanuel Macron et à tous ceux qui l’accompagnent.

victoire Macron 2

 

Front National

21 avril 2002, 23 avril 2017: défaites et victoires du Front National.

Pour la seconde fois en 15 ans, la famille Le Pen est présente au second tour de l’élection présidentielle.

Cela demeure un choc.

Pourtant la comparaison entre ces 2 élections atteint rapidement ses limites. Le 21 avril au soir, Le Pen père triomphe… Bien sûr, mais très vite il déchante. Toute la France se mobilise et le progression entre les 2 tours est quasiment nulle.

Chirac Lepen

Le 23 avril est une semi défaite pour Le Pen fille. Elle n’est pas en tête, fait un score qui n’est pas si différent de celui de 2002. En effet le 21 avril, Le Pen père et Mégret font en tout près de 20%. Le 21 avril, 39 millions de français(e) peuvent voter. 14 ans après, ils sont 47 millions. Donc aussi bien en pourcentage qu’en voix, les Le Pen père et fille font un score similaire.

Nous sommes donc loin de la vague annoncée, du succès de la stratégie de dédiabolisation… Malgré la montée des populismes, la menace terroriste, les désordres européens, la crise migratoire… Les Français ont tenu bon. Il est important de le noter. Ce qui a craqué, ce sont les 2 grands partis de Gouvernement. Ce qui a réussi, c’est le pari de E. Macron et d’une certaine manière de J.L. Mélenchon. Pas celui de Le Pen fille.

Ce premier constat, relativement rassurant doit en revanche être très fortement relativisé par deux autres, nettement plus inquiétants.

D’abord, les clivages à l’intérieur du pays se sont accentués. stats1.jpeg

Entre 2002 et 2017, le score du Front National baisse dans toutes les grandes villes. Chez nous à Bordeaux de 10,7% à 7,4%. A Paris de 9,35% à 4,99%. A Lille de 16,02% à 13,83%. Il n’y a qu’à Marseille qu’il stagne. Et encore, Le Pen Fille arrive en seconde position derrière J.-L. Mélenchon alors que Le Pen père était en tête sur la ville en 2002. Un petit tableau Excel mis en photo le montre bien.

A l’inverse, dans les zones géographiques où le Front National était déjà fort, le vote ne fait que se renforcer. Le Pen fille arrive en tête dans 19.000 de nos 36.000 communes. Ses scores sont particulièrement forts dans l’est et le sud est. Jérôme Fourquet a fait une belle synthèse – comme souvent.

Ces fractures géographiques semblent aussi se retrouver au niveau des catégories socio-professionnelles. « Semblent » car pour 2002 nous avons foultitudes d’études très précises. Et pour 2017, juste plusieurs extraits faits par les instituts de sondages. Mais les premiers enseignements sont probants. 30% des ouvriers votent en 2002 pour Le Pen père. 36% en 2017 pour Le Pen fille. Nous avons le même phénomène pour les professions intermédiaires. Et c’est le contraire pour les cadres et professions intermédiaires.

Ici 2 références : une des nombreuses productions de Nonna Meyer et une première étude de IPSOS.

Ensuite et surtout, Marine Le Pen a progressé de fait depuis le 23 avril au soir. Il ne s’agit pas là des intentions de vote – il y a plutôt stagnation – mais des discours.

Du renvoi dos à dos, dans beaucoup trop de bouches ou de têtes de Macron et Le Pen fille.

En 15 ans, le Front National n’a pas réussi à se dédiaboliser… Et pour cause. Entre poursuites pour incitation à la haine des plus hauts cadres, tabassage entre ex-amis « gudards », relations sulfureuses en France et à l’étranger… sans parler des nombreuses mises en examen, cette banalisation ne peut se faire.

Sauf si…

Sauf si les uns et les autres, nous lui offrons. En minimisant ce choc de dimanche soir, en renvoyant effectivement dos à dos les 2 derniers qualifiés, en en donnant l’impression que c’est déjà gagné….

La dédiabolisation ne suffit pas forcément. Je suis déjà intervenu plusieurs fois sur ce sujet. La déconstruction du discours, l’examen des politiques menées dans les collectivités FN sont aussi indispensables… Mais dans tous les cas, il faut se battre pieds à pieds.

Dans les jours qui viennent, nous avons donc cet impérieux devoir. Faire en sorte que le FN ne progresse pas ou pas entre les deux tours. Chacun à sa manière. Avec son histoire, Ses arguments. Ses relations. Pas question de donner des consignes, de faire la morale…. C’est probablement contre productif. Non, lutter tenacement, dans nos cercles, avec la portée de nos voix… En deux semaines, Le Pen père n’avait grappillé que quelques pour cent. Il faut qu’il en soit de même pour Le Pen fille.

Et après, nous aurons plusieurs immenses tâches.

Arrêter la dérive des continents entre les multiples France. Cela passera surement par une nouvelle politique de l’aménagement du territoire, une sorte de nouveau contrat social global…

Redonner de l’espoir, de la fierté et penser les uns et les autres, à ceux pour lesquels nous nous battons. C’est à dire à gauche, pour les plus fragiles.