Le jour d’après.

Il régnait une atmosphère un peu particulière au Conseil municipal d’hier à Bordeaux.

C’est toujours un peu le cas, les lendemains d’élections. Mais le rituel est en général établi. Les vaincus ont le droit à un moment de consolation. Les vainqueurs aux félicitations.

Là, c’était différent. Aucun vainqueur ou presque. PS, Écolos, Républicains, Front National ont subi une défaite dimanche soir. Plus ou moins cuisante. Plus ou moins injuste. Et j’ai bien sûr une pensée particulière pour Michele Delaunay, dont l’extraordinaire travail n’a pas été récompensée. Mais pour d’autres élus aussi. Pas forcément de mon bord. Etre Elu, c’est d’abord donner. Beaucoup. Du temps surtout. Pris aux siens. À soi. Souvent des sacrifices même si il y a aussi des gratifications. D’abord celle de penser être utile au bien public.
Certes, il y avait parmi nous Marik Fetouh qui peut devenir député dimanche prochain. Mais, il n’est pas tout à fait un Marcheur. C’est d’abord un Modem qui a bénéficié de l’accord électoral avec E. Macron.

Bref, nous  étions bel et bien soixante et un du « Monde d’avant ».

Mais aussi du quotidien des bordelais.

Ce monde justement du lundi, mardi… dimanche, de l’ancrage dans les territoires ne sera presque plus représenté à l’Assemblée nationale. La conjonction du non cumul des mandats et de l’extraordinaire renouvellement provoque cette situation inédite. Il y aura désormais trois France politiques: celle de Paris, très renouvelée, celle des territoires avec ses forces, ses faiblesses mais surtout ses réalités et celle de l’abstention qui ne cesse de croître.

Emmanuel Macron a eu la fulgurante intuition que la crise de notre pays était d’abord une crise du ou des politiques. Pour y répondre, au delà du renouvellement, il faut aussi articuler ces trois dimensions. Mais  pas seulement: les contre pouvoirs, les médias, les associations, la manière de faire…

Apres la parité dans les départements, le non cumul des mandats, la transparence de la vie publique, il faut encore aller plus loin dans l’oxygénation démocratique. Il faudra aussi et surtout tenir tous les bouts de la chaîne. Ne laisser aucune fraction de notre Pays sur le bord du chemin. Agréger. Allier. Ne pas séparer. Éloigner.

En tout cas pour moi, plus qu’un seul horizon: Bordeaux…

Et comme on ne se refait pas, aussi le débat d’idées.

Et dans les deux cas, avec une grande liberté. Surtout envers les appareils.

Emotions partagées, sentiments mêlés, visages retrouvés mais surtout fierté et espoir.

Je n’avais pas prévu d’y aller. Vraiment pas. Ni coquetterie. Ni dépit. Non, juste deux rapports à boucler pour la Cour des comptes. Comme lorsque je faisais de la recherche en Histoire, Une quinzaine d’heures de rédaction possible entre samedi après midi et dimanche. Je m’étais juste accordé par avance une pause de une heure pour suivre à la télé la passation de pouvoir à l’Elysée.

Et vendredi, les deux messages sont arrivés presque coup sur coup. Un  mail du directeur de cabinet de François Hollande : les collaborateurs, passés et présents, sont invités à accueillir le nouveau président et à saluer le sortant. Puis surtout un sms. D’un ami. Très proche de Hollande, de Macron, de moi. Il est de ceux qui ont franchi le pas il y a quelques mois déjà. Après, une période de gêne et de distance vers l’été, nous nous sommes revus. Là, les communications sont redevenues fluides. « Vincent, cela me ferait plaisir qu’on soit ensemble à ce moment particulier ». Moi aussi. J’y suis donc allé.

Sortie du métro à Concorde. L’ambiance très particulière de cette place les jours de moments républicains. Le silence. Le vide. Même les oiseaux semblent se retenir de piaffer. Les quelques centaines de mètres vers le théâtre Marigny. A pieds au milieu des gardes républicains qui vont prendre place. Il est là. Nicolas Revel aussi. Nicolas était l’autre secrétaire général adjoint dans la première partie du quinquennat. Il est resté quelques mois de plus que Emmanuel Macron. Nous avons donc plus longtemps travaillé ensemble. Un peu plus d’un trimestre avec Emmanuel. Plus de trois avec Nicolas.

Des anecdotes, des souvenirs communs. Un mot qui revient dans nos bouches à tous les trois : « Bizarre ». Pour eux deux, le Président sortant et le Président entrant, pour nous, qui avions travaillé avec les deux et parfois pour les deux. Nous avançâmes, passâmes les contrôles. Au fur et à mesure, je me retrouvais au milieu des proches, très proches du nouveau président. Nous nous connaissons bien, avons fait des bouts de chemin ensemble, nous nous sommes aussi heurtés mais aujourd’hui nous sommes surtout contents de nous retrouver. Du plaisir mais aussi un  mélange de gêne, de nostalgie, d’espoir. Me voilà donc à l’entrée du 55. Christophe Castaner, devant, Benjamin Grivaud et beaucoup d’autres à côté…

Une des premières choses qu’Emmanuel Macron m’a dite en arrivant à l’Elysée, c’est « Tu verras, nous sommes la 5e puissance au monde, nous sommes au cœur du pouvoir, mais l’Elysée ressemble beaucoup à une sous préfecture. Une sous préfecture du XIXe ». L’avantage dans les sous préfectures, c’est que tout le monde vous connaît. Les huissiers, les gardes républicains. « Ah. Monsieur Feltesse… Passez par ici ». Me voilà donc à remonter la cour d’honneur sur le tapis rouge. Le perron, et puis la salle des fêtes. Il y a deux ans et demi, on y faisait le pot de départ de Emmanuel Macron. François Hollande y fit un de ses discours. Virevoltant. Hilarant. Brillant. Affectueux.  Mais, ce n’est pas ça qui m’a marqué. Non, ce qui m’a marqué, c’est le cadeau que le personnel de l’Elysée a fait à Emmanuel Macron : le frac des huissiers de l’Elysée. Une belle preuve d’affection et de reconnaissance.

Me voici donc dans la salle des fêtes. Dans le carré des invités du nouveau président. D’autres têtes connues avec lesquelles j’échange : Jean Pisani Ferry, Richard Ferrand, Arnaud Leroy… Des sentiments compliqués à analyser et même à verbaliser. Ce n’est pas une succession. Ce n’est pas non plus un adversaire, souvent revanchard, qui arrive. Non, c’est autre chose. Dans mes sentiments comme dans l’histoire politique du pays.

Nicolas, Gaspard et moi, nous mettons à part. Discutons un peu plus longuement. Revenons sur les derniers événements et Gaspard nous précise le déroulé. Il ne sera pas possible d’applaudir le président sortant et d’assister à l’intronisation du nouvel entrant. Nicolas reste à l’intérieur. Gaspard et moi sortons.

Dehors aussi, la foule est nombreuse. Des journalistes dans les deux cas. Mais, c’est le seul point commun. Le personnel de l’Elysée est dans la cour. Les anciens conseillers aussi. Nous sommes ensemble. Le nouveau président est annoncé. La pluie commence. Nous éclatons tous de rire. Les cieux ont parlé. L’héritage est là.

La voiture arrive. François Hollande accueille sur les marches du perron Emmanuel Macron. Il est seul. Son épouse est arrivée quelques minutes avant. C’est le temps de l’entretien. Je me demande où est Jean-Pierre Jouyet. Il est resté à l’étage. Probablement pour finaliser les transmissions de dossiers avec le nouveau secrétaire général.

Le temps passe. Lentement. Des échanges de sms pendant ces minutes. Je m’éclipse un peu et vais dans la cour est. Mon ancienne cour. Elle accueille encore mon vélo que j’y laisse volontairement. Je salue les gendarmes, les chauffeurs. C’est délicat également de définir ce que c’est que de travailler à l’Elysée. Bien sûr une lessiveuse. Des coups de boutoir incessants. Surtout sous ce quinquennat. Mais un personnel incroyablement présent, attentif, compétent… mais aussi chaleureux. Presque une pension de famille.

Une sous préfecture. Une pension de famille. Mais aussi le lieu qui abrite le PC Jupiter.

Le temps passe. Les deux hommes ressortent. Les applaudissements crépitent. Ils se serrent la main. Se la resserrent. Pas d’accolade. Mais par deux fois, brièvement et discrètement, Emmanuel Macron applaudit François Hollande. Ce sont ces quelques secondes que je retiens, qui me marquent.

François Hollande sort. Marqué par ces 5 années. Attaqué de toute part, mais finalement faisant face, empêchant le pays de se déchirer et permettant aussi des progrès.

Emmanuel Macron entre. Il a 39 ans. Il est rayonnant. Il incarne l’espoir. La France rayonne. La France incarne l’espoir. Les chocs vont vite venir. Mais Emmanuel Macron a aussi travaillé avec nous pendant plus de 4 ans. Il s’en est éloigné, par certains aspects, a rompu, veut faire différemment… Mais pendant 4 ans, il a aussi fait face.

François Hollande répétait en 2011 qu’il fallait 10 ans pour faire bouger un pays comme la France. Il ne sera pas au pouvoir pendant 10 ans. Mais par certains aspects, il y aura une certaine continuité. Les erreurs pourront être corrigées. Les impasses surmontées.  Les bonnes réformes poursuivies.  Et bien sûr et heureusement de la nouveauté.

C’est une discussion que j’ai eu régulièrement, très régulièrement avec François Hollande. Ce qu’on laisse, qu’on lègue, celui (ou « ce qui suit ») qui succède même si ce n’est pas volontaire est très important.

Et voici ce qui est laissé par François Hollande, un pays qui va mieux, un pays qui a fait plus que résister à des attaques d’une violence et d’une intensité inconnue depuis la guerre d’Algérie, voire la seconde guerre mondiale, et un président de 39 ans, optimiste et aimant.

Il y a aussi les fractures et l’état des partis politiques, et singulièrement du parti socialiste. Mais ce qui compte – pour moi en tout cas – c’est bien plus le pays que le parti. Pendant 3 ans, je l’ai servi en étant un des plus proches collaborateurs du président de la République. Cette page se tourne.  Elle m’aura profondément changé. Pendant 13 ans, j’ai eu des responsabilités dans la métropole bordelaise. Comme maire de Blanquefort. Puis comme président de la Communauté Urbaine de Bordeaux. C’est à ce territoire que toute mon énergie politique sera désormais consacrée. Fort de cette expérience. Et des autres. Et conscient des changements en cours.

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Une victoire qui me fait très plaisir

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Ce n’était pas mon scénario. Ce n’est pas ma ligne politique par bien des aspects.

Ce n’est donc pas ma victoire.

Mais pourtant, cette victoire me fait très plaisir.

Par ce quelle montre de notre pays, de son ouverture, de son optimisme, de sa croyance dans l’Europe, de sa capacité à se renouveler, à se changer, de son rayonnement dans le monde…

Bien sûr, il n’y pas que ça. Loin, bien loin de ça…

Mais, c’est bien le sourire que j’ai aux lèvres.

Ce soir, je n’ai pas de regret, pas de nostalgie – même si je me remémore bien sûr chaque minute du 6 mai 2012 -, non, j’ai juste envie d’y croire.

Une page se tourne.
Une nouvelle commence.

Ce ne sera plus mon histoire. La politique pour moi ne sera plus que locale. Mais pas les débats d’idées, ni les engagements citoyens.

Et, surtout, j’ai envie d’y croire.

Bon vent à Emmanuel Macron et à tous ceux qui l’accompagnent.

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Front National

21 avril 2002, 23 avril 2017: défaites et victoires du Front National.

Pour la seconde fois en 15 ans, la famille Le Pen est présente au second tour de l’élection présidentielle.

Cela demeure un choc.

Pourtant la comparaison entre ces 2 élections atteint rapidement ses limites. Le 21 avril au soir, Le Pen père triomphe… Bien sûr, mais très vite il déchante. Toute la France se mobilise et le progression entre les 2 tours est quasiment nulle.

Chirac Lepen

Le 23 avril est une semi défaite pour Le Pen fille. Elle n’est pas en tête, fait un score qui n’est pas si différent de celui de 2002. En effet le 21 avril, Le Pen père et Mégret font en tout près de 20%. Le 21 avril, 39 millions de français(e) peuvent voter. 14 ans après, ils sont 47 millions. Donc aussi bien en pourcentage qu’en voix, les Le Pen père et fille font un score similaire.

Nous sommes donc loin de la vague annoncée, du succès de la stratégie de dédiabolisation… Malgré la montée des populismes, la menace terroriste, les désordres européens, la crise migratoire… Les Français ont tenu bon. Il est important de le noter. Ce qui a craqué, ce sont les 2 grands partis de Gouvernement. Ce qui a réussi, c’est le pari de E. Macron et d’une certaine manière de J.L. Mélenchon. Pas celui de Le Pen fille.

Ce premier constat, relativement rassurant doit en revanche être très fortement relativisé par deux autres, nettement plus inquiétants.

D’abord, les clivages à l’intérieur du pays se sont accentués. stats1.jpeg

Entre 2002 et 2017, le score du Front National baisse dans toutes les grandes villes. Chez nous à Bordeaux de 10,7% à 7,4%. A Paris de 9,35% à 4,99%. A Lille de 16,02% à 13,83%. Il n’y a qu’à Marseille qu’il stagne. Et encore, Le Pen Fille arrive en seconde position derrière J.-L. Mélenchon alors que Le Pen père était en tête sur la ville en 2002. Un petit tableau Excel mis en photo le montre bien.

A l’inverse, dans les zones géographiques où le Front National était déjà fort, le vote ne fait que se renforcer. Le Pen fille arrive en tête dans 19.000 de nos 36.000 communes. Ses scores sont particulièrement forts dans l’est et le sud est. Jérôme Fourquet a fait une belle synthèse – comme souvent.

Ces fractures géographiques semblent aussi se retrouver au niveau des catégories socio-professionnelles. « Semblent » car pour 2002 nous avons foultitudes d’études très précises. Et pour 2017, juste plusieurs extraits faits par les instituts de sondages. Mais les premiers enseignements sont probants. 30% des ouvriers votent en 2002 pour Le Pen père. 36% en 2017 pour Le Pen fille. Nous avons le même phénomène pour les professions intermédiaires. Et c’est le contraire pour les cadres et professions intermédiaires.

Ici 2 références : une des nombreuses productions de Nonna Meyer et une première étude de IPSOS.

Ensuite et surtout, Marine Le Pen a progressé de fait depuis le 23 avril au soir. Il ne s’agit pas là des intentions de vote – il y a plutôt stagnation – mais des discours.

Du renvoi dos à dos, dans beaucoup trop de bouches ou de têtes de Macron et Le Pen fille.

En 15 ans, le Front National n’a pas réussi à se dédiaboliser… Et pour cause. Entre poursuites pour incitation à la haine des plus hauts cadres, tabassage entre ex-amis « gudards », relations sulfureuses en France et à l’étranger… sans parler des nombreuses mises en examen, cette banalisation ne peut se faire.

Sauf si…

Sauf si les uns et les autres, nous lui offrons. En minimisant ce choc de dimanche soir, en renvoyant effectivement dos à dos les 2 derniers qualifiés, en en donnant l’impression que c’est déjà gagné….

La dédiabolisation ne suffit pas forcément. Je suis déjà intervenu plusieurs fois sur ce sujet. La déconstruction du discours, l’examen des politiques menées dans les collectivités FN sont aussi indispensables… Mais dans tous les cas, il faut se battre pieds à pieds.

Dans les jours qui viennent, nous avons donc cet impérieux devoir. Faire en sorte que le FN ne progresse pas ou pas entre les deux tours. Chacun à sa manière. Avec son histoire, Ses arguments. Ses relations. Pas question de donner des consignes, de faire la morale…. C’est probablement contre productif. Non, lutter tenacement, dans nos cercles, avec la portée de nos voix… En deux semaines, Le Pen père n’avait grappillé que quelques pour cent. Il faut qu’il en soit de même pour Le Pen fille.

Et après, nous aurons plusieurs immenses tâches.

Arrêter la dérive des continents entre les multiples France. Cela passera surement par une nouvelle politique de l’aménagement du territoire, une sorte de nouveau contrat social global…

Redonner de l’espoir, de la fierté et penser les uns et les autres, à ceux pour lesquels nous nous battons. C’est à dire à gauche, pour les plus fragiles.

Après le 1er tour des présidentielles

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« Une page s’est tournée, reste à savoir laquelle…« 

C’est le début du message que m’a envoyé un ami, philosophe de son état. Cette formule résume bien les choses. On peut même y rajouter la suite suivante: reste à savoir quelle sera la prochaine page, voire si nous resterons dans le même chapitre, ou même livre…

Il est encore tôt pour tirer les leçons du scrutin de dimanche dernier. Mais quelques points le semblent saillants.

I – Remercier Emmanuel Macron pour avoir donné un débouché positif à cet énorme besoin de renouvellement.

Il y a dans la démarche d’En Marche plusieurs points qui me séduisent. Nécessité d’inventer de nouvelles formes d’engagement, ouverture sur la société civile et absence de sectarisme politique, application au cadre politique de méthodes venues de l’univers du numérique… Autant de choses que j’ai pu faire ou tenter de faire dans mes différentes responsabilités politiques, locales ou nationales.

Il y également des forts points de divergences idéologiques. J’ai en mémoire quelques uns de nos échanges lors de nos quelques mois communs à l’Élysée ou plus tard lorsqu’il était Ministre. Ces divergences ont fait que je ne l’ai pas rejoint, malgré plusieurs opportunités.

Mais Emmanuel Macron a un mérite immense. Il a su incarner par l’espoir, la bienveillance, l’ouverture sur ce besoin d’autre chose.

S’il l’emporte le 7 mai au soir, la France sera bien la France. Notre pays donnera un coup d’arrêt à la série néfaste qui traverse le monde: Brexit, élections de Trump, référendum gagné d’Erdogan pour ne parler que des plus connus…

C’est pour cela que mon vote du second tour ne sera pas juste un vote d’empêchement mais aussi d’espoir. Vigilant toutefois.

II – Avoir conscience de la colère croissante dans notre pays et de ses béances.

Je le dis souvent. 2005 a été pour moi une année charnière pour notre pays. La large victoire du non au référendum et les semaines d’émeutes en banlieue étaient deux cris d’alarme.

L’hystérie sarkoziste, la crise financière puis la vague terroriste les ont fait passer au second plan.

Pourtant, ils sont plus présents que jamais. Il faut les entendre, et pas juste les fustiger. Il faut leur répondre, et pas seulement les mépriser. En ce sens, la question sociale et la protection qu’elles nécessitent sont plus que jamais d’actualité. Il y a un devoir d’ouverture, d’écoute, de compréhension…

Y compris dans les jours qui viennent. La présence une nouvelle fois du front national au second tour de la Présidentielle ne peut être banalisée. Il faut faire en sorte de limiter au maximum son score dans quelques jours.

III – Ouvrir les portes, ouvrir les fenêtres, ouvrir les esprits…

Comme toujours dans notre pays, il y a une prochaine élection: législatives, puis sénatoriales, puis assez vite européennes, puis locales….

Ces élections font que les partis ont tendance à se rassembler, souvent de manière artificielle, pour gagner ou limiter la casse. Les réactions d’hier et de ce matin en sont la preuve.

Pourtant, nous avons un devoir d’ouverture absolue.

Au reste du monde.

La jeunesse d’Emmanuel Macron est une exception dans notre Histoire politique. Moins ailleurs. Obama, Blair, Trudeau… accèdent au pouvoir aux alentours de 45 ans.

Le Partis socialiste connaît une crise majeure. C’est le cas de presque tous les partis sociaux démocrates en Europe. Même si les prochaines élections en Allemagne peuvent mettre fin à ce cycle infernal.

A l’Histoire. Et probablement plus vers la fin du XIXe siècle que dans les années 30 ou à fortiori le congrès d’Épinal.

S’ouvrir aux autres aussi, y compris aux nôtres, j’allais dire.

IV – Agir local. Penser global. Agir global. Penser local.

Aujourd’hui tout est interconnecté. En même temps, nos œillères ont rarement été aussi opacifiantes.

Il me paraît fondamental de bien avoir cette vision globale. De ne pas céder à nos égoïsmes, à notre myopie intellectuelle, à la glorification de nos réussites mêmes si tout cela est rassurant.

Nous restons dans une période de bascule. Notre modèle ne fonctionne plus. Et les temps à venir peuvent être très mauvais;

Donc, à nous de jouer.

Je le ferai avec Bordeaux et sa métropole comme abscisse, le débat d’idées et les valeurs de gauche comme ordonnée.

Attentat sur les Champs Elysées

Hier soir, ces 16 derniers mois et dimanche prochain.

La France a donc hier soir été victime une nouvelle fois d’un attentat. Hugo Micheron, jeune et très brillant spécialiste de Daesh indiquait ce matin à la radio que c’était la quinzième attaque dont notre pays est victime depuis l’attaque de Charlie.

C’est en tout cas la première fois, que je n’étais pas à l’Élysée au moment du drame. La première fois que j’ai eu l’information comme tout le monde. Pas de SMS d’alerte. Pas d’information privilégiée. La première fois que j’étais spectateur, que je n’ai pas eu à me poser la question: que faire – ne rien oublier- ou ne pas faire – surtout ne pas déranger. La première fois que la tension était moindre donc. Pas question de déranger mes anciens collègues pour en savoir plus. J’ai trop connu ces moments mêlant concertation, rapidité et mise à distance de ces émotions. Même si elles vous rattrapent toujours.

Alors, j’ai regardé, écouté, observé. Je me suis inquiété de savoir où était ma fille dans Paris. J’ai été transpercé par cette douleur quand je me suis mis à penser aux victimes, à leur famille, à ce jeune policier.

J’ai constaté l’incroyable montée en puissance des forces de l’ordre pour réagir, se mobiliser, se coordonner depuis janvier 2015. J’ai une nouvelle fois été impressionné par ces hommes et femmes. Reconnaissant. J’ai été sensible à l’action du Ministère de l’Intérieur qui doit mener de front la réplique mais aussi contenir les rumeurs, les paniques… L’usage quasi immédiat et extrêmement précis des comptes twitter du Gouvernement, du Ministère, de la Préfecture de Police et des secours. La pertinente intervention du porte-parole.

J’ai été pétri une nouvelle fois d’admiration par François Molins. J’ai eu l’occasion de le croiser, de discuter avec lui plusieurs fois. Il fait partie de ces personnes qui ont permis de déjouer, démasquer mais surtout d’empêcher que le pays bascule. Là aussi. Rapide, extrêmement précis, d’une solidité rare.

Et j’ai aussi suivi les réactions de nous les politiques. J’ai été beaucoup moins convaincu. Pas de tous bien sûr, mais une impression bizarre dans l’ensemble. Cet absolu besoin de réagir, de twitter sa compassion, sa solidarité et surtout de dire « j’existe ». Ces réactions trop rapides autour du second décès, rapidement démenti. Ces soi-disant autres événements dans Paris énoncés en direct sur le plateau télé. Alors qu’il n’en était rien…

Et puis il y a un autre Nous bien sûr. Nous, les françaises et les français. Bien sûr inquiets, saisis d’effroi, de colères… Mais aussi de dignité, de discernement, de robustesse…

J’ai foncièrement confiance en leur réaction.

Cet attentat – qui arrive après de nombreux autres déjoués récemment – ne se produit pas par hasard. Ni dans son lieu. Ni dans sa date. En attaquant la France avec cette brutalité, cette répétition, Daesh cherche à nous effrayer, à nous déstabiliser. Mais cela n’est jamais vraiment arrivé. Nous avons connu des chocs comme jamais depuis plus d’un demi-siècle. Et nous avons continué. A vivre. A travailler. A râler.

Face à tous ces attentats, les Françaises et les Français ont été à la hauteur. Globalement. Constamment.

Dans 48 heures, plus de 45 millions d’électeurs vont être appelés à se prononcer. L’abstention sera probablement forte.

Mais quitte à paraître naïf – ce qui n’est pas forcément ce qui me caractérise le plus – je suis confiant pour cette élection présidentielle. Pour le choix qui va être fait.

Le débat n’a en effet pas été à la hauteur. Les affaires ont pollué, empêché les vrais questions…

Mais en même temps, on a bien vu deux types de candidats. Ceux de la vindicte. Ceux de l’espoir. Avec bien sûr des nuances.

Ceux de la France qui croît en son avenir, ceux de la France qui se rabougrit. Ceux de la France ouverte, rayonnante. Ceux de la France qui se referme.

Soyons les 23 avril et 7 mai une nouvelle fois à la hauteur.

Et au prochain président de savoir le contexte particulier qu’il aura à affronter. Et la nation merveilleuse qu’il aura à diriger. Des talents qu’elle contient. De l’énergie qu’elle a en elle. De la profondeur de son histoire.

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Le 15 mars 2011, en Syrie… Le début de l’horreur.

C’était juste il y a 6 ans. Nous étions encore dans l’enthousiasme et l’illusion des printemps arabes. C’était en fait le début d’une terrible tragédie. Trop souvent, nous regardons ailleurs, renonçons, nous résignons.

Ce film (Syrie : 6 ans de conflit – Vous regardez toujours ?) – à la limite du soutenable – nous rappelle ce que nous laissons faire.

Notre silence est assourdissant. Il y a bien eu des tentatives, singulièrement de la France, mais tout cela n’est pas à la hauteur.

Loin, très loin, du moment, des enjeux, des drames…